Peux t-on rire de tout?

C’est une question qui m’a été posée suite à la publication d’hier.

Pour moi la réponse est claire, c’est non.  Il y a des limites.

Certains prétendent que sous couvert « d’humour » on peut tout dire, je dis non. Pas vrai.

Et l’autre question, c’est de savoir si l’on peut tout photographier…

Là encore, c’est non.

Il m’est arrivé bien des fois, où je n’ai pas pu faire une photo par respect pour les ou la personne.

Un des exemples les plus forts pour moi, c’est au tam-tams de Montréal.

Tous les dimanches en été, des gens se réunissent au pied du Mont Royal, dans un parc. C’est une vraie fête.  Fête du rythme et de la danse.

Ceux qui y viennent le font soit pour écouter, ou jouer. Soit pour regarder ou être vus.

Il y a plusieurs années, j’ai vu un couple danser.  J’ai fait plusieurs images dont celle ci:

CRW_4346

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a plusieurs images du couple avec les visages reconnaissables, j’ai choisi de vous montrer celle là.

C’était un couple de personnes âgées.  Totalement « décalées » dans le décor.

Les habits d’un autre âge, et quelque chose de très particulier dans leur attitude.  Je n’ai pas compris sur le moment .

Ils avaient presque une attitude de provocation par rapport aux spectateurs dont certains les regardaient avec de la moquerie dans le regard.

Deux ans après, je suis retourné faire des photos au même endroit.

L’homme était là. Il dansait, seul.

Habillé de façon discrète.  Je l’ai reconnu. Même s’il paraissait vide, absent.

Je n’ai pas eu l’envie de le photographier.

C’est après, en ressortant les photos du couple que j’ai compris.

Visiblement la femme portait alors une perruque. Sans doute pour masquer les ravages d’une chimio..

Aucun doute pour moi, lorsqu’ils dansaient comme pour faire un pied de nez à la mort qui venait. Et elle était venue.

Personne ne pouvait comprendre lorsqu’ils étaient encore deux.

Bonne journée quand même

 

19 réflexions au sujet de « Peux t-on rire de tout? »

  1. Je trouve que le commentaire de evegd78 résume assez bien la problématique des photos de rue avec des personnages.
    Et pour ma part je fais vraiment attention aux photos de ce genre que je publie.

  2. Bonjour Dominique, tout comme toi, je suis d’avis qu’on ne peut pas tout photographier, comme on ne peut pas balancer à quelqu’un tout ce que l’on pense sous prétexte de franchise. Bien sûr nous n’avons pas tous la même sensibilité/éducation, ce qui pourrait retenir celui-là n’empêchera pas cet autre et il y aura toujours des inconvenants ou des grossiers manants. Essayons d’agir en écoutant notre sensibilité et en faisant preuve de respect.

  3. Je crois qu’on se comprend tous.
    La question que je me pose quand j’essaie (car je n’y arrive pas) de photographier une scène « de rue » : « Comment ma photo sera t-elle perçue par l’autre, celui qui n’est pas dans ma situation ».. Moi, derrière l’objectif, j’ai le respect de mon/mes sujet/s, mais celui qui verra ma photo l’aura t-il ? Saura t-il pourquoi j’ai fait cette photo et ce que j’ai souhaité transmettre.. Analysera t-il ? Comme je n’en suis pas certaine, je ne fais pas la photo..
    C’est une belle discussion que tu nous proposes là..
    Bonne journée !

    • je crois que tu poses le problème de toute photographie en fait.. comment est elle perçue? Dois je l’adapter pour qu’elle soit bien reçue ou non?

  4. Il faut quand même faire une différence entre des photos de voyeurisme, des photos faites seulement avec l’intention de se moquer d’une personne et des photos ou on tente de souligner une situation décalé, un trait absurde etc… J’aime photographier des personnages avec des attitudes vivantes, spontanées…Autour d’un cliché je me bâti une petite histoire souvent dérisoire. Il est évident que montrer cet homme dansant seul n’est pas tolérable quand on sait que l’an passé il dansait encore avec sa compagne, mais si un photographe ne connait pas son histoire tragique, prend et montre la photo d’un homme décalé dansant seul ? Je crois qu’on peut rire de bien plus de choses que nos sociétés restrictives ne veulent ne nous le permettre. A condition de faire preuve de sensibilité et de poésie dans ses propos. Mais ce sont des qualités en perte de vitesse. Hélas.
    Merci pour cette question et ta page si émouvante.

  5. Tu t’en doutes Dom, je suis pleinement d’accord avec tes propos. Le respect doit toujours être présent dans notre manière de photographier, nous ne sommes pas des voyeurs. Ton exemple est criant de vérité et de sensibilité. Merci. Amitiés. Joëlle

  6. Ah le regard!! Pour l’avoir vécu celui qui se détourne est parfois plus violent que celui qui dévisage. on pourrait philosopher longtemps sur ce qui est la bonne attitude, le bon regard mais pas facile sur la toile.
    Pour celui du photographe, le maître mot c’est le respect.
    Avoir été témoin de cette belle et tragique histoire rendent tes photos bien précieuses tout autant que ces dernières danses que ce couple a pu partager.

  7. Bonsoir,
    Je suis émue par ton témoignage, toi que j’imagine peut-être à tord comme une personne toujours à faire des jokes ….Là, tu es plein de sensibilité.
    Non, on ne peut pas rire de tout. Je crois que dans tout il faut de la retenu que ce soit dans les actes et les paroles.

    • ton commentaire m’a bien fait rire.. tu sais, il faut faire attention à nos perceptions des autres bloggeurs, c’est souvent très trompeur..

  8. Bon jour Dominique,
    Je ne crois pas qu’on puisse rire de tout non plus.
    Cette histoire dont tu parles est malheureusement bien banale, et comme tu le démontres ici, la plupart du temps, nous n’avons pas tous les éléments d’une situation.
    Non tout ne porte pas à rire ni même à sourire, et ceux qui le font n’ont certainement pas été confrontés à des choses profondément blessantes ou source de grosses souffrances.
    Bonne fin de journée à toi, et profitons de la vie tant qu’elle est là.

  9. Pour moi la photographie doit se faire avec une sorte de tendresse sans pour autant verser dans la mièvrerie. A force de lire des revues photo (autodidacte j’essaye d’apprendre au travers de l’expérience des autres) j’ai fini par entendre le message « quel est le message que vous voulez transmettre? ». Parfois (et même souvent) il n’y a aucun message quand je propose une cascade ou un paysage (quoique), en revanche il n’en va pas avec les personnes ou même des animaux (mais oui auraient-ils une âme?). Mais s’il était si facile de ne pas se tromper ça se saurait.
    Pour moi on ne peut pas rire de tout

  10. Bonjour Dominique,

    Ton article du jour et surtout ta deuxième question, me ramène à une photo choquante prise par un photographe de terrain, d’un enfant d’un pays du Tiers-monde en train de mourir seul sur un chemin. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est que le photographe a dit ensuite qu’il n’avait rien fait pour cet enfant, qu’on ne pouvait sauver tout le monde.

    Je réponds « non » à tes deux questions. Je pense que seuls les gens sans conscience peuvent le faire.

    Bises et bonne journée.

  11. ouaf… quel coup au moral, quelle leçon d’humilité….

    Pour ton commentaire, oui ils se ressemblent, avec un bec plus fort et long pour « le mien ».
    Et qu’est-ce-que j’aimerai l’avoir « le tien » et chez toi en plus !!! lol
    Bonne journée à toi

  12. J’adhère totalement à ta façon de penser. Les photos d’enfants ou de femmes du tiers monde me font mal… Et je n’arrive pas à photographier les personnes en général..Ton témoignage est poignant. Merci Dominique.

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